Encyclopédie critique du genre. Corps, sexualités, rapports sociaux




«Suite à sa nomination aux élections régionales, Valérie Pécresse a décrété la suppression du financement des contrats doctoraux et des projets scientifiques portant sur les études de genre, les inégalités et les discriminations, précisant : « Je suis pour l’égalité homme-femme, c’est à la racine de mes convictions. L’égalité oui, mais pas l’indifférenciation des sexes [qui est] un projet politique, une idéologie. On ne subventionnera pas la théorie du genre ». Cette décision s’inscrit dans le prolongement des propos du pape François à l’égard des manuels scolaires français, qu’il accuse de répandre un « sournois endoctrinement de la théorie du genre ». Depuis l’adoption du mariage pour tous en 2013, la société française est témoin d’un trouble dans le genre, synonyme d’une intégration progressive des études du genre tant dans la sphère académique que dans la sphère publique.


C’est dans ce contexte social et politique que l’Encyclopédie critique du genre a été présentée au public le 16 décembre 2016. Cet ouvrage collectif sous la direction de Juliette Rennes (EHESS) constitue un projet avant-gardiste car il recense soixante-six notices thématiques soulignant les transformations marquantes des quinze dernières années dans le champ des études de genre, en dressant un état des lieux des dernières études et enquêtes en France et à l’étranger. D’autre part, la participation de quatre-vingt-un auteurs et autrices issues de disciplines scientifiques diverses est une première dans ce champ de recherche. En effet, bien que les sciences humaines soient majoritairement représentées (sociologie, anthropologie, histoire, sciences politiques), d’autres disciplines comme la biologie, le droit public, les sciences du sport ou encore les sciences du langage ont analysé leur objet d’étude à travers le prisme du genre. Cette approche pluridisciplinaire est en cohérence avec l’approche multidimensionnelle ou « intersectionnelle » (articulation entre différentes dimensions des rapports sociaux) qui teinte l’ensemble des travaux sur le genre. En tant que catégorie d’analyse, le genre est consubstantiel à d’autres rapports de pouvoir tels que la race et la classe sociale mais également à d’autres catégories plus contemporaines comme l’âge, la (in)validité, l’orientation sexuelle ou l’apparence physique. Ces deux approches soulignent la diversité et la complexité des études de genre et attestent de sa dimension « critique ». Au-delà de la description des rapports sociaux entre les sexes et de la déconstruction des différences dites « naturelles » entre les femmes et les hommes, l’intérêt des études de genre est avant tout politique. Comprendre quel est le sens et les significations qui se cachent derrière cette différenciation et cette bicatégorisation, c’est-à-dire une hiérarchisation entre les sexes et ce que ces significations provoquent et impliquent en termes d’inégalités sociales, est au centre de l’ensemble des notices développées tout au long de l’encyclopédie.»(...)


Lectures, Sarah Jean-Jacques

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