Le numérique : un futur âge d'or ?
«Dans l’ouvrage Machine,
Platform, Crowd, Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson analysent l’impact
économique de l’augmentation des performances des ordinateurs, des nouveaux
systèmes d’offres et des nouveaux modes de communication offerts par Internet.
Cet ouvrage prolonge, en adoptant une approche plus microéconomique, la réflexion
qu’ils avaient menée dans leur précédent ouvrage Le deuxième âge de la machine.
L’apprentissage profond :
un concurrent de l’intelligence humaine ?
Grâce à l’augmentation des
performances des outils informatiques et des algorithmes, les ordinateurs sont
désormais capables d’effectuer des tâches qui ne sont pas uniquement
préprogrammées ou répétitives. Grâce à l’augmentation des données disponibles
et la sophistication croissante des algorithmes, les machines sont désormais
capables d’effectuer des tâches qui exigent des réponses qui prennent en compte
la spécificité de chaque situation.
Les systèmes informatiques
peuvent être testés et améliorés au fil du temps grâce notamment à la méthode
de l’apprentissage profond (« Deep Learning »). Cette méthode, qui
permet d’enseigner aux machines à apprendre par elles-mêmes, tente d’imiter le
fonctionnement neuronal du cerveau humain, par le biais d’un réseau de neurones
artificiels composé de milliers d’unités de calcul. Ces neurones, qui sont
organisés en couches hiérarchiques, catégorisent les informations les plus
simples, avant de passer aux données les plus compliquées. Lorsque le programme
a accumulé les informations sur les éléments de base, il peut alors les
réorganiser de manière autonome et de différentes manières en blocs plus
complexes. Grâce à la mise au point d’une nouvelle génération de puces
graphiques (GPU) et l’accès à une quantité croissante de données, cette
approche, qui a commencé à rencontrer des succès significatifs à la fin des
années 2000, est devenue le mode privilégié de programmation des systèmes
informatiques sophistiqués.
Les machines, qui sont
fiables, peuvent remplir des tâches de plus en plus sophistiquées en proposant
des solutions plus adaptées que celles proposées par l’homme. Selon les
auteurs, les hommes reconnaissent difficilement leurs erreurs, éprouvent des
difficultés pour corriger leurs biais cognitifs et sont toujours susceptibles
de répéter leurs erreurs. Cependant, l’homme a la capacité de faire face à
l’imprévu et fait preuve de bon sens. Selon les auteurs, la combinaison
optimale entre l’homme et la machine est de laisser aux machines le soin de
proposer les décisions tandis que l’homme vérifie la cohérence de cette
décision et intervient dans les situations exceptionnelles.
Le pouvoir des plateformes
sur les marchés
Selon les auteurs, les
caractéristiques techniques d’une plateforme sur Internet lui fournissent
l’avantage suivant : au regard du nombre de ses clients, le coût de sa
création, de son entretien et de son accès est très faible. Pour analyser l’impact
économique de ces plateformes, les auteurs s’appuient sur les conclusions de la
théorie économique des marchés bifaces qui est apparue au début du XXIème
siècle notamment sous l’impulsion du prix Nobel d’économie, Jean Tirole. Selon
cette théorie, ce type de marché a deux caractéristiques majeures : d’une part,
deux catégories d’agents interagissent grâce à une interface ou un
intermédiaire et, d’autre part, les décisions d’une catégorie d’agents ont un
impact sur le bien-être ou le comportement de l’autre catégorie. Les
plateformes bouleversent la dynamique de l’offre et de la demande sur les
marchés où elles existent en raison notamment de leurs stratégies flexibles et
sophistiquées : offre de produits gratuits, formules d’abonnement, offre combinée
etc. Grâce à leur système de récupération de données, les plateformes disposent
de nombreuses informations sur leurs clients ce qui leur permet de mettre en
œuvre des stratégies de vente très adaptées ou de vendre ces informations à
d’autres entreprises.
Les plateformes, qui
opéraient initialement essentiellement dans le secteur de l’information et des
produits culturels, concernent dorénavant tous les secteurs de l’économie («online
to offline» (O2O)). Selon les auteurs, ces plateformes offrent un avantage
très important : la liquidité, c’est-à-dire la certitude de pouvoir effectuer
la transaction sans avoir à changer le prix significativement. En outre, d’un
point de vue économique, elles améliorent l’utilisation de certains biens, qui,
sans ces plateformes commerciales, demeurerait faible.
Si elle atteint un certain
niveau de développement, la plateforme a des coûts marginaux très faibles qui
lui permettent de détenir une position dominante et d’avoir une profitabilité
exceptionnelle. Les plateformes accroissent la concurrence sur les marchés des
biens et des services en réduisant les barrières à l’entrée, en banalisant les
offres et en faisant baisser les prix. Ces plateformes menacent certaines
entreprises établies ou certaines professions qui perdent le contact direct
avec leurs clients et qui doivent subir la concurrence de nouveaux entrants.
Le partage du savoir
Le Web, en mettant à
disposition une multitude d’informations en croissance et en évolution
permanente, transforme le système des productions intellectuelles et remet en
cause les hiérarchies traditionnelles. L’accès aisé à de multiples expertises
individuelles et à des connaissances variées crée une intelligence collective
sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, on estime qu’environ 130
millions de livres ont été publiés depuis le début de l’humanité dont 30
millions sont accessibles à la bibliothèque du Congrès américain, qui est la
plus grande bibliothèque du monde. À titre de comparaison, le web contenait environ
45 milliards de pages et le web permet l’accès à 25 millions d’ouvrages.
Le partage de ce savoir et
de ces compétences bouleverse les hiérarchies fondées traditionnellement sur
les diplômes et la séniorité. Plus précisément, une foule d’individus qui collaborent
est plus compétente qu’une poignée d’experts. En effet, le savoir se développe
si vite qu’il est difficile pour les individus de connaître de manière
exhaustive et immédiate toutes ses avancées. Par ailleurs, l’étude de
nombreuses questions bénéficie de la confrontation d’approches fondées sur des
perspectives variées.
Le développement des
technologies de l’information et de communication a permis le développement de
l’externalisation, de la délocalisation et du recours au travail indépendant.
Les différentes tâches d’un processus de production ou intervenant dans la
fourniture d’un service ne sont plus exclusivement accomplies dans le cadre
d’une organisation unifiée et hiérarchisée. En outre, le financement
communautaire (« crowdfunding »), et plus généralement le contact direct
aisé avec les consommateurs, ont modifié la séquence des étapes de la
production : la production ou la mise sur le marché n’intervient que si,
préalablement, un nombre suffisant d’investisseurs ont financé la production ou
d’acheteurs ont acheté le produit ou le service.
Cependant, selon les
auteurs, les entreprises ne sont pas condamnées à disparaître en raison de
l’imperfection des contrats . Les
entreprises existent en grande partie parce que des contrats complets qui
fonctionnent parfaitement sont impossibles à rédiger et non pas parce qu’ils
sont trop difficiles à appliquer. Une entreprise, qui est un ensemble d’actifs
physiques et intangibles, soumis à une propriété unifiée et à un contrôle
unique, permet l’allocation des droits de propriété et du pouvoir de décision
pour remédier à l’incomplétude des contrats.
Selon les auteurs, les
entreprises ont un besoin croissant de cadres dotés de capacités relationnelles
et de gestion d’équipes en raison de la complexité croissante de
l’environnement des entreprises, de la nécessité de convaincre les
collaborateurs et de créer des communautés de travail. Dans ce cadre, bien que
les structures hiérarchiques continuent d’exister, les entreprises doivent être
à l’écoute des idées innovantes qui sont formulées par les jeunes
collaborateurs ou ceux qui ne se trouvent pas dans les départements
d’innovation. Ensuite, les entreprises doivent faire preuve de transparence et
être capables de partager l’information.(…)»
Nonfiction.fr, Charles Du
Granrut
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