Loin des urnes. L’exclusion politique des classes populaires
«À
l’approche des scrutins présidentiels
et parlementaires, la question de l’égalité d’accès au vote est
de nouveau posée. En mesurant de façon exhaustive les différentes formes de
non-participation électorale (nationalité, non-inscription et abstention),
Camille Peugny met au jour l’ampleur de l’exclusion politique qui touche les
classes populaires et souligne le rôle des collectifs de travail dans leur inégale
politisation.
À
chaque fois que les résultats d’une élection semblent déjouer les pronostics,
les commentateurs de la vie politique tournent leur regard vers les «classes
populaires». C’est le cas en France, depuis l’accession du Front national au
second tour de l’élection présidentielle en2002 et le rejet du projet de
constitution européenne en2005, aux États-Unis lorsqu’il s’agit de comprendre
la victoire de Donald Trump, ou en Europe à la faveur du Brexit et des succès
réels ou attendus des partis d’extrême droite. Chacun de ces scrutins
occasionne alors des débats parfois vifs sur les conséquences politiques de la
précarisation des conditions de vie d’une frange croissante des classes populaires.
Progressivement, l’idée s’est imposée que ces «perdants de la mondialisation»
(Kriesi et al. 2008), jadis acquis à la gauche, constituaient un
peu partout les nouveaux bataillons électoraux des partis d’extrême droite,
lesquels offraient un débouché à leur légitime colère. Sans discuter ces thèses
sur le fond[1], nous souhaiterions ici présenter des résultats qui introduisent
une nuance non négligeable: une part importante des employés et des ouvriers
continuent, en réalité, à se tenir très éloignés du processus électoral.
De
fait, les déterminants sociologiques de l’abstention sont connus depuis
longtemps. Participer à un scrutin nécessite des ressources et des compétences
qui sont socialement marquées. Le «cens caché» (Gaxie 1978) exerce son effet au
détriment des individus les plus démunis en capital scolaire, enclins à
s’auto-exclure d’un champ politique qui les maintiendrait d’autant plus
facilement à distance que l’incompétence subjective et l’indifférence
constituent une barrière invisible, nourrissant parmi les groupes dominés une
abstention massive (Collovald et Sawicki 1991).(…)»
Camille
Peugny, Délinquance, justice et autres questions de société
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