Marges urbaines et résistances citadines






«Ce dossier tire sa substance à la fois de communications présentées lors d’un colloque à Istanbul en 2014, dans le cadre d’un programme de recherche ANR (Agence nationale de la recherche), «Marges et villes: entre exclusion et intégration. Cas méditerranéens», et de travaux de recherche complémentaires, sur le thème commun des «pratiques de résistance urbaine aux marges» (titre de l’appel à contributions pour un des workshops du colloque). De quoi est-il question par cette dernière formule? Le constat de départ est que les adaptations constantes des villes aux besoins de l’économie néo-libérale aggravent les processus de marginalisation de certains espaces urbains. Ces espaces marginalisés, ou marges urbaines, se situent tout autant dans les péricentres et les centres que dans les périphéries des villes. Ce sont des espaces de conflictualité où se déploient des rapports de force et de domination. Les populations qui vivent dans ces marges urbaines ne sont pas toutes elles-mêmes marginales : elles sont constituées de couches sociales hétérogènes, allant des plus pauvres à des catégories aux revenus moyens. Cependant, majoritairement, les populations ou groupes sociaux traités dans ce dossier de Cultures & Conflits sont les plus pauvres et les plus marginalisées. Par exemple les migrants roms de Turin et de Marseille, les collecteurs de cartons de Tokyo, les habitants de townships sud-africaines. Le dossier porte plus précisément sur les contestations ou les résistances de ces populations aux règles du jeu introduites par les classes dominantes. Ces «résistances» peuvent s’opérer contre des politiques édilitaires leur déniant le maintien de leur mode de vie, de leur travail, ou plus largement leur refusant l’accès aux ressources urbaines (à Turin, Marseille, Tokyo). Elles expriment aussi, par exemple, le refus d’habitants pauvres d’immeubles réhabilités de voir s’envoler le montant de leurs frais locatifs (Budapest). D’autres actions de résistance visent à lutter contre des relogements ou des perspectives d’endettement, conséquences directes de grands projets urbains gouvernementaux (à Ankara). En définitive, les marges urbaines étudiées ici sont socio-spatiales et les sept contributions de ce numéro thématique ont en commun de porter plus particulièrement une attention aux résistances invisibles ou imperceptibles, individuelles ou collectives, qui du fait de leur nature même, sont nettement moins étudiées que les formes visibles, voire spectaculaires, de mobilisation ou de résistance urbaines. Chacune des contributions réunies s’efforce de détailler et d’analyser les formes de résistance, d’opposition, d’adaptation, de contournement ou de grignotage mises en œuvre par les groupes et individus étudiés.»(…)


Gülçin Erdi Lelandais, Bénédicte Florin (dir.), Lectures

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