La politique en mal d’amour





Les Français ne sont pas satisfaits de leur démocratie. Et même s’ils se prennent souvent de passion pour l’élection présidentielle, ils n’ont globalement pas confiance dans leurs représentants. Sont-ils donc ingouvernables? Notre classe politique est-elle si décevante? E. Grossman et N. Sauger s’interrogent.
L’ouvrage d’Emiliano Grossman et Nicolas Sauger recherche les causes de la désaffection dont souffrent les politiques français. Afin de les identifier, les auteurs entreprennent d’étudier sociologiquement les différentes dimensions du rapport subjectif – confronté à l’occasion à des données objectives –, que les Français entretiennent avec leurs politiques. En d’autres termes, c’est le lien représentatif lui-même que l’étude entreprend de sonder directement, sur la base de données quantitatives. L’enseignement attendu de cette enquête est la compréhension de la «crise de la représentation» sous les modalités spécifiques qui sont les siennes en France aujourd’hui.

Des Français particulièrement insatisfaits

C’est d’abord la perception qu’ont les Français du fonctionnement de leur démocratie qu’il s’agit de restituer, c’est-à-dire leur degré de confiance dans le régime qui est le leur. Pour l’évaluer, les auteurs font appel à plusieurs études. La mesure du degré de satisfaction globale vis-à-vis de la démocratie, en premier lieu, révèle que «la France se situe parmi les pays qui se disent le moins satisfaits avec le fonctionnement de leur démocratie» (p. 37). Ce sont ensuite les formes de la confiance politique qui sont passées au crible, vis-à-vis de la démocratie, du gouvernement, des politiques, du Parlement, ou des «gens»; on observe alors que «pour tous les indicateurs, la France se situe systématiquement un peu en dessous de la moyenne observée dans l’Europe des Quinze» (p. 38). Est enfin interrogé l’impact de la différence de richesse sur la confiance: cette fois, on constate que celle-ci joue «plutôt moins sur la perception de l’état de la démocratie que chez certains de ses voisins» (p. 39).
Dans l’ensemble, donc, il apparaît que les Français nourrissent une insatisfaction particulièrement forte envers leur système politique, avec cependant des pics de confiance au moment des élections présidentielles suivis de chutes vertigineuses (p. 41). Cette constatation prendra toute son importance au chapitre 5, lorsque les auteurs formuleront l’hypothèse la plus à même selon eux d’expliquer cette insatisfaction.(...)


Didier Mineur, La Vie des Idées

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