Syrie, anatomie d’une révolution
«L’attention
portée aujourd’hui au soulèvement armé en Syrie ne doit pas cacher qu’il existe
une dynamique révolutionnaire pacifique, profondément ancrée dans la société.
Les nouvelles générations, majoritairement urbaines, davantage éduquées que
leurs parents, sont le fer de lance d’une contestation politique qui s’efforce,
par divers moyens, d’occuper l’espace public.
En cette fin juillet 2012,
la confrontation entre les forces armées du régime et la branche militarisée du
soulèvement, que l’on fédère sous l’étiquette de l’Armée Syrienne Libre (ASL),
capte l’attention des médias, à juste titre. Après l’attentat du mercredi 18
juillet, perpétré au cœur de l’appareil sécuritaire à Damas, et qui a coûté la
vie à quatre hauts responsables de la sécurité du pays, dont Assef Chawkat, le
beau-frère du président syrien, l’opposition armée au régime semble désormais
en mesure d’ébranler le régime, y compris dans sa forteresse damascène. À
l’heure où ces lignes sont écrites, la fin du régime de Bachar al-Assad semble
se rapprocher, sans qu’il soit possible d’en distinguer ni les modalités ni le
calendrier.
Cependant, l’attention
portée aux aspects militarisés du soulèvement, justifiée par l’impact que
ceux-ci ont sur son développement, occulte la dynamique révolutionnaire
pacifique, qui demeure centrale. Celle-ci s’est étendue à l’ensemble du
territoire syrien, malgré des variations régionales importantes et de notables
exceptions. Il suffit de compter: de 51 manifestations le vendredi 17 juin
2011, on en comptait 493 le vendredi 6 janvier 2012, et 939 le vendredi 1er
juin 2012[1]. Plus encore,
la dynamique révolutionnaire pacifique se poursuit même dans les régions
soumises à la répression de l’armée la plus violente: le vendredi 1er juin, 30
manifestations étaient par exemple encore recensées dans le gouvernorat de Homs.
Cet article privilégie
l’analyse du soulèvement démocratique syrien et en propose des éclairages qui
rendent compte, dans le temps long, des transformations profondes de la société
syrienne, permettant ainsi d’explorer l’anatomie de ce peuple en révolution[2].
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Les racines de la «révolution
de la dignité»
Une révolution politique
Le 17 février 2011, un
signe, ténu mais significatif parce que tout à fait inédit, avait annoncé, à
Hariqa, au cœur des souqs du vieux Damas, les temps révolutionnaires à venir. À
la suite de l’arrestation brutale du fils d’un commerçant par des agents des
services de sécurité pour avoir mal garé sa voiture – une arrestation somme toute
banale dans un pays où les services de sécurité ont toute licence –, les
commerçants fermèrent boutique, se rassemblèrent dans les allées du souk aux
cris de «Ach-chaab as-sourî mâ b-yendhall (le peuple syrien ne se laisse
pas humilier)». Cependant, c’est à Deraa que s’enflamme le mouvement de
contestation, qui reçoit un écho national. Le 13 mars, dans cette ville de plus
de 150 000 habitants, située au sud du pays, des écoliers inscrivent sur les
murs de leur école des slogans anti-régime inspirés de ceux de la révolution
égyptienne du 25-janvier. Ils sont arrêtés, torturés, par les services de
sécurité (moukhabarat-s). La colère de leurs parents devient celle de la
ville, où des cortèges se forment, puis celle des localités de la région
environnante (Jassem, Nawa, Sanamayn). La violence de la répression policière
qui s’abat sur ces manifestations (arrestations, tortures, tirs à balles
réelles dans la foule), avant que les chars de l’armée n’encerclent la ville au
cours des semaines suivantes, enflamme le pays. Dès le vendredi 18 mars,
l’appel à un «Vendredi de la dignité» est suivi dans la capitale, à Alep (la
seconde métropole du pays, dans le nord), dans les deux grandes villes de Syrie
centrale, Homs et Hama, et dans la ville côtière de
Banyias. Dès ce moment, jour après jour, vendredi après vendredi, les
manifestations se propagent dans le pays.
Dès le début, les
manifestants en appellent au respect, à la dignité (karama), à la
liberté. Le 24 mars 2011, en réponse à l’annonce faite par la Présidence de
mesures économiques destinées à apaiser la colère (augmentation des salaires
des fonctionnaires, rétablissement de subventions sur un certain nombre de
produits de base etc.), les manifestants de Deraa scandaient: «ach-chaab
as-sourî mou jawân (le peuple syrien n’a pas faim)», indiquant
clairement la nature politique de leur mobilisation. Dans les jours et semaines
suivantes, à mesure que la répression prenait de l’ampleur, les slogans des
manifestations mettaient en cause le régime, puis venaient à en appeler à sa
chute: «ach-chaab yourid isqât al-nizâm » («Le peuple syrien veut la
chute du régime/système ») tandis que le soulèvement se propageait, d’une
ville à l’autre, avec une ampleur qui n’avait connu aucun précédent dans
l’histoire récente de la Syrie. Des manifestations ont lieu partout, avec des
intensités diverses, hormis certaines zones du jebel ansariyeh (le chaînon
montagneux littoral) dans lesquels vivent une partie des Syriens alaouites, le
groupe confessionnel dont est issu la famille Assad.
Pourtant, plusieurs
générations avaient précédemment tenté de porter le fer de la contestation
contre le régime progressivement mis en place par Hafez al-Assad à la suite
d’un coup d’État en 1970. La répression des oppositions de la gauche laïque et
des islamistes avait culminé à la fin des années 1970 et au début des années
1980, donnant lieu à des vagues d’arrestations et, en mars 1982, au bombardement
aérien de la ville de Hama (entre 20 et 30 000 morts) en réponse à la révolte
qui y avait été déclenchée par les Frères Musulmans[3]. Pour
finir de contrer ce risque intérieur, l’État policier se mettait
progressivement en place à partir des années 1980, dominé par les services de
sécurité dont le nombre se multiplie (on en compte 17 en 2010). Ces services,
qui rivalisent entre eux de brutalité, encadrent la population dans toutes les
démarches du quotidien, la surveillent, et peuvent convoquer tout un chacun
pour un interrogatoire grâce à l’impunité dont ils bénéficient[4].
À Hariqa en février, à Deraa en mars, la haine engendrée par cet État policier
adepte de la terreur est un puissant facteur de mobilisation, une fois le mur
de la peur franchi.
Lorsque Bachar al-Assad
hérite du pouvoir à la mort de son père en juin 2000, instituant pour la première
fois dans le monde arabe une «république héréditaire», l’arrivée de ce nouveau
président, qui se veut moderne et modernisateur donne lieu à une mobilisation
inédite des intellectuels et des membres de l’opposition démocratique en Syrie
(débats publics, cercles de discussion, pétitions[5]).
Cette mobilisation des élites intellectuelles urbaines, qui semble concrétiser
un temps les espoirs d’une transition politique, tourne pourtant court. Les
membres éminents de ces cercles sont arrêtés et ceux-ci sont contraints de
fermer les uns après les autres au cours de l’année 2001. Le dernier ferme en
2005, au moment où est publiée la Déclaration de Damas, un texte qui réunit
l’ensemble des sensibilités de l’opposition (y compris islamiste) et dessine
les contours d’un futur démocratique en Syrie.
Dans un État qui ne tolère
aucune voix alternative, l’opposition politique syrienne a donc eu toutes les
difficultés à exister, y compris l’opposition islamiste, les Frères musulmans
étant quasiment absents de Syrie depuis la répression des années 1980. En
2011-2012, le mouvement révolutionnaire syrien interdit d’interpréter cette
faiblesse politique de l’opposition comme un signe d’adhésion des Syriens au
régime, mais bien plutôt comme la marque de l’autoritarisme policier de
celui-ci.
Les ferments de la colère:
frustrations sociales et inégalités spatiales
De la même manière, la
frustration sociale ne trouve pas d’expression politique mais mine la société
syrienne. En 2011, elle est immense face à un système qui non seulement ne
tient pas les promesses de progrès et de développement inscrites dans
l’idéologie originelle du parti Baas, mais qui sous la présidence de Bachar
leur a tourné le dos en faveur d’une interprétation prédatrice de l’ouverture
économique.
Le blocage provient
d’abord de l’échec du développement du pays, qu’illustre une pauvreté qui
demeure importante[6]
et qui affecte particulièrement certaines régions, comme par exemple la Jezireh
(nord-est) présentée jusqu’à la fin des années 1990 comme l’avenir du
développement syrien, avant d’être abandonnée dans les plans de développement
du régime[7].
Au sud, la région de Deraa, un pays agricole céréalier, a d’autant plus
souffert des années de sécheresse des années 2000 qu’elle a dû accueillir des
réfugiés climatiques du nord (en particulier de la Jezireh) affectés par la
même sécheresse sans que les promesses faites par l’État aux autorités locales
pour les soutenir ne soient toutes honorées.
Par ailleurs, malgré les
progrès réels de l’éducation de base, étendue à l’ensemble des classes d’âge,
peu de Syriens ont accès à un cursus éducatif complet. De plus,
l’État-Providence baassiste n’est plus capable depuis longtemps d’assurer un
emploi aux 300 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
Les estimations officieuses indiquent que le chômage atteint au moins 20% de la
population active. Cette situation alimente la croissance du secteur illégal,
qui emploierait environ 30% de la population active et produirait environ 30%
du PIB syrien à la fin des années 2000.
La frustration est
d’autant plus forte que Bachar al-Assad avait annoncé, lors du Congrès du Parti
Baas de juin 2005, la transformation de la Syrie en une «économie sociale de
marché» et l’avènement d’une nouvelle ère de prospérité économique. Or, si les
débuts de la libéralisation économique se sont accompagnés de la modernisation
d’une partie de l’appareil réglementaire et du cadre économique (ouverture de
banques et de compagnies d’assurance privées, en 2003 et 2004, ouverture d’une
bourse des valeurs en 2009) et d’une explosion de la consommation qui a tiré la
croissance aux alentours de 5% par an, les bénéfices de l’ouverture n’ont pas
été partagés. En effet, une nouvelle classe moyenne est apparue, ayant les
moyens de consommer dans les malls, bars et nouveaux restaurants qui se sont
développés au cours des dernières années des années 2000. Mais la majorité des
catégories sociales sont restées en marge de cette économie libéralisée, et ont
souffert de ses conséquences : la fin du pacte social et la mise en place
d’un système à deux vitesses, dans l’économie, dans l’éducation, dans la santé.
Si les manifestants dès le début de la contestation se sont déployés dans les
périphéries paupérisées de l’agglomération damascène dont font partie les
épicentres de la révolte (Saqba, Harasta, Douma, Daraya, Moadamiya, Hamouriya,
Irbin etc…), c’est aussi parce qu’à Damas se joue avec la plus grande violence,
dans l’espace urbain, la confrontation entre une société travaillée par une
profonde crise sociale et l’affichage de résultats macroéconomiques
relativement flatteurs. En 2011, la société syrienne est sans doute plus
fragile que dix ans auparavant.
L’ouverture économique
s’est par ailleurs accompagnée de l’arrivée aux affaires d’une nouvelle
génération de responsables et d’hommes d’affaires. Comme le rappelle Elizabeth
Picard[8],
le régime de Hafez al-Assad s’est construit comme un «complexe
militaro-mercantile»[9]
appuyé sur des réseaux de clientèle associant bourgeoisies issues de l’Etat, de
l’armée et des milieux d’affaires. Cependant, selon elle, les principes
d’éthique rigides qui contraignaient en partie les responsables du régime sous
la présidence autocratique et sans partage d’Hafez al-Assad n’existent plus
pour la génération suivante. Celle-ci, composée en partie des fils du régime,
pratique un crony capitalism[10] sans
scrupule visant, grâce à sa proximité avec le pouvoir, l’accaparement des
richesses du pays que permet la libéralisation économique[11]. De nouveaux monopoles se sont édifiés à
la tête desquels on trouve des membres de la famille du président al-Assad, des
proches ou des clients du régime. L’archétype des pratiques de ces nouveaux
milieux d’affaire – mais aussi de la confusion croissante entre intérêts privés
du clan familial du président et ceux du domaine public – est la figure de Rami
Makhlouf, un cousin germain de Bachar al-Assad, à la tête d’un empire
économique et considéré comme l’homme d’affaire le plus puissant de Syrie[12].
De façon emblématique, Rami Makhlouf, symbole de la corruption et du
clientélisme qui a trompé les promesses de l’ouverture, a été l’une des
premières cibles des slogans des manifestants au printemps 2011.
Nouvelles générations
syriennes : la triple transition
Or, en 2011, le
soulèvement syrien témoigne du fait que, dans ce paysage déprimé d’une
opposition politique impuissante, d’une jeunesse privée de son avenir, et d’un
régime exerçant arbitraire et contrôle de sa population au moyen des services
de renseignement et des organisations issues du baasisme, les Syriens font
preuve d’une étonnante capacité de mobilisation, d’organisation et de
résistance.
On peut sans doute y voir
l’effet de l’entrée dans l’âge adulte de nouvelles générations, celles des
moins de trente ans[13], qui se
différencient des générations précédentes d’un triple point de vue. D’une part,
ces jeunes générations, issues de la transition démographique enclenchée en
Syrie au début des années 1980[14],
ont grandi dans des familles plus petites que leurs parents. D’autre part,
elles sont plus éduquées que leurs aînés. Grâce à la généralisation de
l’éducation primaire à la quasi-totalité de la population[15],
l’analphabétisme est faible chez les jeunes Syriens (5,5% en moyenne nationale
chez les 15-24 ans) et le décalage homme-femme des générations précédentes est
presque rattrapé (4% pour les garçons, 7% pour les filles), même si les
disparités régionales restent fortes[16].
Or, Philippe Fargues[17]
a montré que la baisse de la fécondité et la généralisation de l’éducation
conduisent à une modification en profondeur des structures familiales. Dans le
monde arabe, ces facteurs tendent à mettre en cause le système patriarcal qui
règle le fonctionnement de la famille, système fondé sur la subordination des
frères cadets au frère ainé au sein de la fratrie et sur celle des femmes aux
hommes au sein de la famille. Youssef Courbage et Emmanuel Todd[18]
estiment que la conjugaison de ces deux révolutions relève d’un processus qui
s’est déroulé en Europe à partir du XVIIe siècle avant de se diffuser dans le
monde entier. Les trajectoires d’individualisation sont désormais possibles, ce
qui engendre une profonde crise de transition dont les contenus varient d’une
société à l’autre.
Troisièmement, la
population syrienne est désormais très majoritairement urbaine, ce dont ne
rendent pas compte les statistiques officielles syriennes (53% seulement en
2010[19]),
du fait de définitions très restreintes de l’urbain. Le cas de Damas est
emblématique: seul le noyau central damascène (gouvernorat de Damas) est pris
en compte dans les statistiques de la population de la capitale; or,
l’agglomération forme un tissu urbain continu dans lequel les densités sont
élevées, même loin du noyau central, intégré par d’intenses mobilités et des
complémentarités fonctionnelles, et qui comprend de nombreuses villes dépassant
les 100 000 habitants. Ce processus de métropolisation, qui se traduit par
l’extension des banlieues et la croissance rapide des petites villes dans les
périphéries, caractérise le développement urbain de la Syrie contemporaine. À
elles seules, Damas et Alep concentrent environ 8 millions d’habitants, soit
plus d’un tiers de la population syrienne (21 millions d’habitants).
Ce monde urbain n’est pas
un monde d’isolats. Il est pour l’essentiel concentré le long d’un axe des plus
fortes densités de Deraa à Alep, axe qui se dédouble le long de la côte
méditerranéenne et qui se prolonge de façon discontinue par les noyaux de
peuplement de la Jezireh[20]
et des rives de l’Euphrate[21]. Cette Syrie
urbaine est innervée par les mobilités de ses habitants, rendues possibles
grâce à des infrastructures (routes) et des réseaux de transports collectifs,
notamment privés (minibus), qui se sont densifiés depuis les années 1990[22].
La mobilité et la diffusion des biens et des services ont, de plus, permis la
diffusion de modes de vie urbains (emploi, consommation, accès aux services)
dans les petites villes, moins enclavées, plus insérées dans des réseaux de
moyenne ou de longue distance.
La majorité des nouvelles
classes d’âge syriennes fait donc désormais l’expérience de la vie urbaine. Or,
les milieux urbains sont des accélérateurs pour ces deux transitions,
démographique et éducative. Ils permettent de plus une ouverture des cercles
familiaux, communautaires ou de sociabilité, le partage et la diffusion
d’information, mais aussi la mise en commun des expériences sociales, et
peut-être politiques. En 2011-2012, les Syriens qui forment le gros des
bataillons des manifestants appartiennent à ces générations de la transition
démographique et éducative, à ces générations de la frustration sociale qui
s’émancipent des cadres patriarcaux et descendent dans la rue pour contester le
pouvoir et ces pères incapables de transformer la donne politique et sociale en
Syrie.
Une société syrienne
profondément transformée
La société syrienne en
2011 est donc une société très profondément transformée. Les nouvelles
générations grandissent dans des contextes différents de ceux des générations
précédentes. Les migrations internes et les mobilités ont désenclavé une partie
de la population. Les Syriens ne peuvent plus être simplement assignés à leur
origine géographique, que viennent contredire les importantes migrations
internes en direction des villes, les mobilités de travail, l’expérience
urbaine. De la même manière, et pour les mêmes raisons, ils ne peuvent non plus
être assignés à leur seule appartenance confessionnelle ou ethnique. De ce
point de vue, les ressorts de la contestation ne sont pas de type
confessionnel, mais politique, on l’a vu précédemment. Tandis que le régime
agite de la menace de l’affrontement confessionnel, les slogans des
manifestations appellent à l’unité (wahed wahed wahed, ech-chaab es-suri
wahed/«un, un, un, le peuple syrien est un»). Les différentes communautés
syriennes, y compris la communauté alaouite aujourd’hui sommée à l’allégeance,
ont toutes souffert d’un État baasiste qui s’est construit en fonction de ses
propres objectifs politiques en Syrie et non dans une optique de gestion
harmonieuse de la diversité syrienne[23].
En 2011, la frustration
politique et sociale, les transformations sociologiques structurelles et le
creuset social urbain ont permis la coprésence des groupes et des individus et
ont participé à créer les conditions de l’expérience collective de la
mobilisation, inédite pour ces générations. La contestation permet à une part
de plus en plus importante de la société syrienne, au fur et à mesure des mois,
de «sortir de la solitude» imposée par la dictature[24],
pour reprendre la belle expression de Ziad Majed.(…)»
Leila
Vignal, La Vie des idées
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