Qu’est-ce que vivre au milieu des algorithmes?
Dans un monde de données, les algorithmes jouent un rôle
fondamental. Il nous incombe de les comprendre pour les utiliser au mieux.
«Nous sommes entrés dans
une nouvelle ère, où la collecte de l’information s’est démultipliée et son
traitement par des algorithmes généralisé. Il s’agit là du point de départ de
deux ouvrages co-écrit par Serge Abiteboul, chercheur en informatique à Inria
et ancien membre du Conseil National du Numérique. Le premier de ces livres, Terra
Data, sous-titré Qu’allons nous faire des données numériques ?, a
été écrit avec Valérie Peugeot, chercheuse en digital studies à Orange
Labs, membre de la CNIL et présidente de Vecam, association de réflexion et
d’action pour vivre la citoyenneté dans la société numérique. Ce livre est le
pendant d’une exposition du même nom à la Cité des Sciences qui permet
d’appréhender les différentes implications qu’ont sur nos vies cette collecte
de données ainsi que leur traitement. Le second livre, Le Temps des
algorithmes, a lui été écrit avec Gilles Dowek, informaticien, également chercheur
à Inria, et par ailleurs auteur d’un ouvrage sur l’histoire des mathématiques.
Ces deux livres se veulent
généralistes, à portée de tous, notamment le premier d’entre eux, adossé à une
exposition de médiation scientifique. Ils portent aussi le point de vue des
acteurs de ces évolutions, qui possèdent les compétences techniques pour en
comprendre les fondements, et qui sont aussi impliqués dans les instances et
les débats autour de ces changements. En toute logique, ces ouvrages restent
très proches l’un de l’autre, malgré des différences dans les thématiques
analysées. Le ton est toutefois plus pédagogique dans Terra Data que
dans Le Temps des algorithmes, somme de réflexions sur différents
aspects de notre vie bouleversés par l’arrivée en masse des algorithmes.
Que sont les algorithmes ?
Les données sont
collectées depuis l’invention de l’écriture, sous forme de tablettes d’argile,
de livres de comptes, de photographies, de journaux. Ce qui a toutefois changé
durant les dernières décennies, c’est le passage au numérique qui permet et
stocker et de traiter plus facilement les données, mais aussi le volume et la
vitesse à laquelle arrivent les données. Avec Internet et les objets connectés,
plus de données sont produites chaque jour, sur un vaste ensemble de sujets,
allant de la santé à nos contacts sociaux, en passant par des données sur nos
préférences d’achat, ou sur notre situation sociale et économique. Dans ce
contexte, il faut de nouveaux outils pour traiter les données : les
algorithmes.
« Un algorithme est un
procédé qui permet de résoudre un problème, sans avoir besoin d’inventer une
solution à chaque fois ». Ces algorithmes, de différents types, manipulent
des informations symboliques pour fonctionner : les données. Ils permettent de
faire des calculs, de gérer de l’information, de communiquer, d’analyser des
données, de traiter des signaux et bien plus encore. Ces algorithmes restent
toutefois limités par leur programmation initiale : ils ont été construits en
vue d’une tâche, mais aussi par des données techniques comme la puissance de
calcul. Ces outils peuvent être très complexes et incorporent de nombreuses
opérations différentes qu’il est difficile d’analyser. Cette complexité créé
une certaine opacité sur les résultats des algorithmes, souvent renforcée par
le fait que nous ne savons pas quelles sont les données, les informations, en
entrée de l’algorithme qui vont lui servir de base pour construire ces mêmes
résultats.
Des promesses à double
tranchant
Loin d’être mystiques, les
algorithmes ne sont que des outils, certes très puissants et complexes, dont il
nous revient de choisir le mode d’utilisation. Dans le domaine de la santé par
exemple, les algorithmes permettent ou permettront bientôt d’améliorer la
détection des tumeurs ou d’adapter au mieux les traitements pour chaque patient
en construisant une médecine personnalisée à partir des données de chacun et
notamment de celles du génome. A l’inverse ces promesses peuvent aussi
constituer de graves dangers si les données ne sont pas suffisamment protégées
ou si des usages non directement liés à la santé du patient sont autorisées.
Ainsi des assurances pourraient se servir de ces données pour moduler les
primes en fonction du génome, rompant par là le principe de mutualisation des
risques qui prévalait jusqu’alors.
Dans le domaine de l’économie
les algorithmes ont déjà un impact fort avec la construction de services qui
révolutionnent notre rapport aux relations sociales comme Twitter ou Facebook,
mais dont le pendant est un profilage actif de chacun d’entre nous à des fins
publicitaires. Si ces services qui nous permettent de communiquer entre nous,
ou de nous orienter sur Internet pour Google, sont gratuits c’est aussi parce
qu'ils vendent nos données afin de mieux nous cibler et donc de nous pousser à
l’achat. Dans ces deux exemples de la santé et de l’économie numérique, les
algorithmes et les données qui les nourrissent ont des impacts qui ne sont pas
que positifs pour les individus.
La société bouleversée par
les données
Cela est potentiellement
le cas pour chaque aspect de notre vie, y compris en ce qui concerne des
décisions individuelles importantes et pour la société dans son ensemble.
Ainsi, un algorithme-juge permettrait d’appliquer à tous les mêmes critères de
décision. Il enverrait alors des humains en prison, sur la base de données qui
sont celles des jugements antérieurs. Toutefois un tel algorithme aurait un
immense impact pour les mis en examen, sans possibilité de défendre au mieux
leur cas devant un juge capable d’en comprendre les détails et sans possibilité
de se retourner contre une décision prise par une machine et dont personne
n’est au fond responsable tandis que le juge engage lui la responsabilité du
corps social et la sienne en tant qu’acteur du système judiciaire. D’une façon
similaire, la collecte massive d’informations sur les individus, qu’il s’agisse
de la surveillance de masse des gouvernements, ou de celle des entreprises,
restreint considérablement les libertés de chacun en imposant une surveillance
de chaque instant. Il s’agit là de deux dérives dont les algorithmes et la
collecte des données sont les outils.
A l’inverse, la diffusion
des données des entreprises et des entités publiques, en open data, peut
être elle, un des aspects bénéfiques de ceux-ci. Cette diffusion contribue à la
transparence des institutions sur ses choix et permet aux citoyens de
s’impliquer davantage dans la vie démocratique. De même, de nouveaux services
peuvent naître de la mise à disposition de données. De fait, les données
peuvent être sources de bénéfices pour tous, qu’il s’agisse par exemple d’un
service de vélo rendu possible grâce à la production d’un fichier listant les
bornes de recharge ou de l’amélioration des récoltes grâce à des capteurs
connectés.(…)»
Thomas
Vroylandt, nonfiction.fr

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