Mégarégions et villes globales
«Les grands ensembles
métropolitains peuvent-ils être soutenables? Étudiant deux configurations
émergentes, la mégarégion et la ville globale, la sociologue Saskia Sassen
explore les voies d’un partage plus équitable des bénéfices à l’échelle des
grandes conurbations urbaines. Elle appelle à inventer les nouveaux outils
analytiques qui permettront de penser l’autosuffisance sans l’exclusion, la
stimulation sans la destruction, la globalisation sans l’annihilation de la
diversité.
Les transformations
majeures de l’activité économique, en termes d’échelles, d’espaces et de contenus,
sont à l’origine de nouvelles configurations spatiales. Les villes globales et
les mégarégions comptent ainsi parmi les plus remarquables de ces nouveaux
modèles. L’émergence de ces nouvelles formes urbaines est d’autant plus
importante à observer que les régions urbaines sont désormais reconnues comme
des espaces stratégiques à même de se confronter à la question de la durabilité
environnementale de même qu’à celle, connexe, de la relocalisation de la
production au plus près de la demande ; on peut prendre pour exemples la
production alimentaire et les emplois, délocalisés vers des pays où les coûts
sont moins élevés, avec pour effet d’augmenter l’impact environnemental. Ces
nouveaux schémas et ces nouvelles contraintes nous imposent également de revoir
notre compréhension des choses et nos cadres politiques, afin de pouvoir nous
ajuster à ces nouvelles configurations spatiales, en développant pleinement
leurs atouts et leur potentiel distributif.
Même si les mégarégions et
les villes globales constituent des situations différentes, je voudrais montrer
ici que leur étude permet d’identifier des dynamiques similaires qui sont à
l’œuvre dans chacune d’elles. Deux de ces dynamiques ressortent
particulièrement. La première concerne les changements d’échelles opérés au
sein de ces configurations et leurs conséquences – ici l’échelle mégarégionale
et l’échelle globale. La deuxième dynamique résulte des interactions entre la
dispersion géographique et les nouvelles économies d’agglomérations, qui
agissent au sein des mégarégions et au sein d’un espace global qui regroupe
plus d’une centaine de villes globales.
Sur le plan
environnemental, les villes comptent parmi les principaux utilisateurs de
ressources mondiales ; elles fabriquent de nouvelles géographies
d’extraction et de destruction qui affectent toute la planète. Cette logique
est poussée à l’extrême dans le cas des villes globales. Relocaliser la
production des besoins primaires est désormais une urgence – pourquoi importer
de Chine ce qui pourrait être produit au sein même des mégarégions qui
entourent les villes. Cela signifierait que les villes ne seraient plus
considérées comme faisant simplement partie des mégarégions, mais comme des
éléments constitutifs de celles-ci, contribuant à leur équilibre et leur
dynamisme d’ensemble. Ce processus donnerait lieu, selon moi, à une redistribution
plus équitable des bénéfices de la croissance, grâce à laquelle les lieux de
pauvreté cesseraient de s’appauvrir constamment comme c’est souvent le cas de
nos jours, et profiteraient plus de la croissance. De manière plus générale
encore, la croissance serait mieux répartie, nous permettant ainsi d’évoluer
vers une situation où ce sont les principales questions environnementales qui
détermineraient ce que nous produisons et comment nous le produisons.(…)»
Saskia Sassen, La vie des
idées
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